trianglee

Blog Comprendre et utiliser le modèle CMMI #3

Gérer la performance

Linkedin Twitter
Scroll
06/07/2020

Article d'expert

Par Jean-Yves Guilbaud & Laurent Boidot

La performance est une notion complexe, qui repose sur trois composantes majeures pour l’entreprise :

  • Efficacité : fournir un résultat ;
  • Efficience : utiliser au mieux les ressources ;
  • Résilience : surmonter les aléas.

Sa recherche est un tel leitmotiv au sein des entreprises qu’elle donne parfois l’impression de la quête d’un graal. Et pourtant, la performance n’est pas une notion absolue, mais relative : par nature, elle peut toujours être améliorée. Cette amélioration repose sur la mise en place au sein de l’entreprise de deux notions :

  • Des objectifs, par nature contingents, qui précisent les résultats attendus
  • Des mesures, qui permettent de factualiser où l’on se positionne par rapport à ces attendus

Un gouvernail pour fixer la direction, une boussole pour tenir le cap

Dans notre précédent article, nous avons présenté le Domaine de Pratiques Gouvernance (GOV). Les objectifs sont au cœur de ces pratiques. Elles les transforment en directives de mise en œuvre et d’amélioration des modes de travail de l’entreprise. Elles s’assurent que les personnes concernées ont la capacité d’y adhérer.

Pour réaliser cette gouvernance, l’organisation doit mettre en place des canaux d’information pour suivre la mise en œuvre des directives (GOV 2.3) et les mesures pour mesurer l’atteinte des objectifs (GOV 3.1). Dans le modèle CMMI V2.0, le Domaine de Pratiques MPM Gestion de la Performance et des Mesures (en anglais Managing Performance et Measurement) regroupe les pratiques qui vont satisfaire ces besoins de GOV.

 

 

Les pratiques de MPM sont organisées en 5 niveaux correspondant à une évolution progressive de la valeur créée pour l’entreprise. Pour aider à leur compréhension, nous illustrerons cette progression avec l’exemple de sportifs préparant leur prochain marathon.

Performance : l’approche des sportifs

Au premier niveau, des relevés sont effectués pour identifier les problèmes de performance. Ces mesures sont ad hoc, pas nécessairement répétables. Leur utilisation est empirique.

 

L’entraineur a insisté sur la nécessité de ne pas dépasser ses limites. Notre marathonien néophyte mesurera par exemple ses résultats lors de courses plus modestes (10 km, semi-marathon) et sa fréquence cardiaque pendant l’effort.

 

Pour progresser sont mis en place de véritables protocoles de mesure, correspondant aux objectifs de l’organisation. La collecte de ces mesures est systématique et elles sont sauvegardées pour pouvoir être utilisées à tout moment. Mais cette utilisation reste le plus souvent locale.

 

L’entraineur fixe un programme d’entrainement combinant côtes et escaliers, vitesse fractionnée sur un stade et courses de plus en plus longues en fin de semaine.  Chaque athlète mesure ses heures d’entraînement, km parcourus, vitesse moyenne, … et en discute avec l’entraîneur pour aménager ses entraînements.

 

La standardisation des activités au travers de l’organisation, associée au niveau 3, ouvre la voie à des protocoles de mesure homogènes. Un véritable référentiel de mesures peut se mettre en place permettant à une équipe de se baser sur les données collectées par d’autres pour identifier les problèmes de performance (atteinte des objectifs, utilisation des moyens, traitement des risques, …), analyser la cause de ces problèmes et permettre l’identification d’axes d’amélioration.

 

L’entraineur s’appuie sur l’expérience des années passées et les données capitalisées. Il élabore un programme d’entraînement adapté à chacun. Pendant 13 semaines, les 4 sorties par semaine sont ajustées aux objectifs personnels, selon qu’il s’agit d’un premier marathon ou de passer sous les 3 heures. En début de saison, chacun mesure sa VMA (Vitesse Maximale Anaérobie), ce qui lui permet d’ajuster son objectif de façon réaliste.

 

Quand l’entreprise atteint une maturité plus élevée, elle peut analyser les données collectées sous un angle statistique. L’entreprise devient capable d’établir une référence de performance pour ses activités, de modéliser comment cette performance est influencée par différents facteurs et donc de prédire la performance qu’elle est capable d’atteindre.

 

A partir des données collectées, un temps de référence est établi. Plusieurs facteurs influençant la performance sont analysés et un « poids de forme » est identifié. Mauvaise nouvelle : l’entraineur me demande de perdre 5 kg d’ici le marathon ! Un programme diététique est mis en place pour permettre de respecter ce poids de forme.

 

Enfin, au niveau 5, les données collectées et leur traitement statistique sont mis à la disposition de la stratégie de l’entreprise. Les zones d’amélioration, les choix des axes d’amélioration sont établis en fonction de leur impact prévisible sur l’amélioration de la performance.

Pensons à ce qu’il a fallu d’analyse, d’étude et d’effort pour que le kényan Eliud Kipchoge réussisse à courir un marathon sous les 2 heures. Son sponsor n’a rien laissé au hasard : trois mois de préparation du tracé, un parcours asphalté pour ne présenter aucune imperfection, une piste testée à maintes reprises avec l’appui de logiciels de simulation, un jour et un horaire choisis en fonction de conditions météo favorables (température, taux d’humidité, …) et même… la chute automnale des feuilles des arbres contrôlée de près.

Gestion de la performance : le moteur des démarches d’amélioration

On voit au travers de cette progression comment la Gestion de la Performance et des Mesures (MPM) se met au cœur de l’ensemble des Domaines d’Aptitude du modèle CMMI V2.0.

  • Elle permet de satisfaire les besoins d’information de la gouvernance (GOV).
  • Elle est à l’origine de l’amélioration des processus et outils de l’entreprise (PCM et PAD) qui complètent le domaine d’aptitude IMP (IMproving Performance)
  • Elle contribue au soutien de la mise en œuvre des activités en permettant l’analyse des causes des problèmes rencontrés et la prise de décisions (CAR – Analyse Causale et Résolution – et DAR -Analyse et Prise de Décision).

Bref, elle permet de comprendre et caractériser l’ensemble des activités contribuant à la valeur créée par l’entreprise.

Dans nos prochains articles, nous vous proposerons de passer en revue les différents Domaines d’Aptitude, en commençant par ENQ (Assurer la Qualité -Ensuring Quality).